Dec 01

L’Afrique ambiguë de M. Macron et le sommet UE-UA d’Abidjan : terrain miné, amateurisme diplomatique et... court-circuit

alt"Ce n'est pas à moi de réparer votre électricité, c'est à votre président" E. Macron, Ouagadougou (Burkina Faso), 28 novembre 2017.

"Ni familiarité, ni copinage, mais du sérieux. Je suis venu vous parler en ami et en partenaire.

En ami, avec la décision que j'ai prise de faire la lumière et de chasser les ombres en coupant définitivement avec les collusions et compromissions et en décidant de restaurer, par exemple, la mémoire et l'œuvre de M. Thomas Sankara.

En partenaire, en vous proposant un accord économique qui prendra réellement en compte les problèmes politiques, économiques, financiers, humains, sociaux, stratégiques, militaires, géopolitiques qui nous lient désormais à l'échelle de nos pays et de nos deux continents

Je suis venu vous parler de guerre, de terrorisme, de migrations, mais aussi d'économie, de finances, de monnaie, d'agriculture, d'éducation, de santé, de démographie, de jeunesse, des femmes et des hommes, de ressources naturelles, de zone CFA, de Françafrique, mais aussi de Chine, des Etats-Unis, d'avenir et du retour de la Coopération avec la France mais aussi avec l'Europe.

Je suis venu au nom d'un renouveau pour le XXIe siècle..."

Voici le genre de propos qui eussent été les miens si j'eusse été à la place de M. E. Macron, président de la République française, à l'occasion de ce qui eût alors été le début d'une tournée triomphale en Afrique.

Au lieu de quoi ce fut un sketch ahurissant avec un personnage au talent comique, à l'humour réel et disposant de capacités éprouvées de chauffeur de salle pour retourner un public.

Mais M. Emmanuel Macron a-t-il oublié qui il était et en quelle qualité il discourait à la veille de l'ouverture du Sommet Union Européenne - Union Africaine qui s'ouvre aujourd'hui mercredi 29 novembre 2017 pour 48 heures dans la capitale de la Côte d'Ivoire ?

M. Emmanuel Macron a-t-il au moins eu conscience du désastre communicationnel qu'il a causé en brouillant le message qu'il souhaitait probablement faire passer devant les étudiants de l'université de Ouagadougou au Burkina Faso, ce mardi 28 novembre 2017, un message qui commençait plutôt sérieusement avec l'examen de projets entrepreneuriaux ?

La climatisation était sans doute en panne mais autorisait-elle pour autant l'orateur à donner l'impression d'entrer en surchauffe ?

Or, voilà que devant les étudiants de l'université de Ougadougou M. Macron a déclenché les rires de l'assistance aux dépens de son hôte, le président du Burkina Faso, M. Roch Marc Christian Kaboré.

Le ton sympathique, enjoué et facétieux laissait entrevoir les limites du dérapage diplomatique qui s'est finalement produit lorsque M. Macron, répondant à une question « sous-jacente... » de l'assistance sur le mauvais état de l'université de Ougadougou, a alors déclaré : « Mais vous m'avez parlé comme si j'étais le président du Burkina Faso », alors que, précisément, les liens entre la France, la Françafrique et le néo-colonialisme étaient au cœur de ce déplacement.

Mèche courte... eût dit James Coburn, sans attendre l'explosion, car ce fut un feu d'artifice !

Les rires, les sifflets et les applaudissements fusant de tous côtés, le président qui tenait son public en a alors rajouté une louche en déclarant, mi-énervé et mi-amusé : « C'est le travail du président » (du Burkina Faso,). L'intéressé, sans doute vexé sinon humilié, quittant alors subitement la salle, M. Macron l'a alors immédiatement interpellé en riant, s'adressant à lui en le tutoyant : « Du coup, il s'en va... Reste là ! Du coup, il est parti réparer la climatisation... »

Si en écoutant les propos qu'il a tenus à la tribune l'on peut effectivement y souscrire sur le fond pour leur partie indéniablement sérieuse (les risques attachés à l'engagement miltaire de la France dans sa lutte contre le terrorisme islamique au Sahel, par exemple), il n'en demeure pas moins que la forme, pour le moins extraordinaire sinon extravagante de son comportement, est indigne de la fonction présidentielle qu'exerce M. Macron et de la représentation qu'il donne de la France à l'étranger.

Imagine-t-on un seul instant le même style de plaisanterie...au Kremlin, par exemple, devant les regards impavides de MM. V. Poutine et S. Lavrov ? Ambiance glaciale garantie....

Qu'avons-nous là sinon l'exemple consternant d'une arrogance et d'une immaturité inquiétantes de la part du président français face à M. Kaboré, chef d’Etat burkinabé ?

Ma question est désormais très simple : faut-il, doit-on, peut-on encore continuer de la sorte avec un Chef de l'Etat qui vient par ailleurs d'essuyer une sérieuse rebuffade avec le chef de la diplomatie iranienne ?

L'amateurisme n'est pas de mise lorsque l'on conduit et représente un Etat comme la France.

On trouvera ci-après la version tronquée du gazouillis présidentiel :

https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/935501623148924928/video/1

... et la version complète de ses propos :

https://twitter.com/DamienRieu/status/935522973758443523/video/1

https://francais.rt.com/international/46032-vous-me-parlez-comme-si-president-burkina-faso-macron

En forme de conclusion provisoire : l'ouverture du Sommet UE-UA d'Abidjan

Voici (plus) d’un demi-siècle, en 1957, comme le rappelle J-L. Racine, (directeur de recherche émérite au CNRS, au Centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud (CEIAS) de l’EHESS, et vice-président d’Asia Centre), l’anthropologue Georges Balandier publiait chez Plon, dans la jeune collection « Terre humaine », un ouvrage intitulé Afrique ambiguë. Il y analysait, à l’heure de la colonisation finissante, les formes multiples de la dialectique complexe qui faisait naître une Afrique nouvelle, entre usages et réinvention de la tradition ; héritage des cadres administratifs et économiques coloniaux, et volonté de transformation et d’indépendance.

L'Afrique, on le voit, a aujourd'hui considérablement et profondément changé, en bien comme en mal. La balance nr cesse d'osciller, de telle sorte qui'il est difficile de formuler un jugement qui serait de toute manière hasardeux et incomplet.

Il serait grand temps de s'en rendre compte et de laisser la place - pour parler avec elle -, à ceux qui s'y intéressent (beaucoup) et la connaissent (quand même un peu) pour y avoir vécu et y avoir longuement voyagé.

L'Afrique est aujourd'hui aux prises avec des difficultés qui ne peuvent plus être résolues avec les grilles de lecture et les solutions désormais obsolètes que l'on persiste à utiliser alors que le continent change profondément.

83 chefs d'État et de gouvernement et quelque 5 000 participants des 55 pays d’Afrique et de 28 pays d’Europe se réunissent ainsi à Abidjan pour des discussions qui devraient être dominées par les questions d'immigration et de sécurité.

Si des débats généraux seront tenus sur le thème officiel du sommet qui est l'investissement dans la jeunesse, il est en effet plus que probable que la question des migrants dominera les échanges gouvernementaux et les entretiens parallèles (les plus significatifs, comme chacun sait), car les deux questions sont étroitement mêlées.

L’urgence est là, car face à une jeunesse africaine (720 millions de moins de 25 ans ! soit 270 millions de plus que la population européenne) qui perd espoir et migre en Europe ou bien se révolte et manifeste avec plus ou moins de succès contre les pouvoirs en place, l’UE et l’UA veulent en effet donner une nouvelle impulsion dans leur partenariat.

Celui-ci, d'ordre démographique et économique, avec tout le cortège des questions qu'il induit (éducation, santé, travail), mais aussi militaire et stratégique, devrait être synonyme de solutions pour cette population de tout un continent qui, dans son ensemble, passera le cap des... deux milliards d’habitants d’ici 30 ans et dont la place est en Afrique et certainement pas en Europe comme le pensent de doux rêveurs.

Confrontés à cette bombe démographique à retardement, comme l’explique le président de l’UA Alpha Condé, il faut effectivement que les chefs d’Etat prennent leur responsabilité et trouvent enfin des solutions pour l’emploi, l’éducation, la couverture sociale et médicale, la sécurité, l'avenir exempt de conflits que chaque citoyen africain est en droit de revendiquer.

Mais sans doute faudra-t-il trouver autre chose de plus efficace et de plus constructif que les vœux, recommandations et incantations habituels propres aux conférences internationales en économie du développement éternellement évoqués sans réalisations concrètes, tels que « la promotion de l’éducation et de la formation, la coopération en matière de bonne gouvernance, la lutte contre la corruption etc. ».

Car la véritable difficulté ne sera pas tant de trouver des solutions au terme de ce sommet de 48 heures que de véritablement les appliquer par la suite en tenant compte de l'ensemble des puissances économiques qui s'intéressent de plus en plus à l'Afrique et qui sont curieusement exemptes des accusations de néocolonialisme alors que leur comportement de prédateurs sans scrupules est en réalité pire que celui qui fut pour partie celui des anciennes puissances coloniales et qui leur est encore éternellement reproché par de rigoureux censeurs aux visions partielles, partiales et partisanes, souvent confortabement installés en Afrique comme en France.

Puisse donc M. Macron reprendre son rôle qui est le sien, faire oublier ses frasques et, parlant au nom de la France et de l'Europe, inviter prochainement ses collègues à une conférence qui réunira de manière officielle et visible les grands absents de ce sommet UE- UA en y invitant les pays des BRICS, dont la Chine et l'Inde, mais aussi les USA, véritables prédateurs économiques, stratégiques et financiers du continent dont les rôles, les comportements et les objectifs devraient être d’autant plus sérieusement cadrés qu’ils risquent fort de déstabiliser l’Afrique d’une manière dramatique.

Nul doute alors que la France et l'Afrique sortiraient définitivement de cette ambiguïté qui sied mal au souhait de voir enfin – avec une Europe et surtout une France dont le capital et l’avantage sont uniques -, l’émergence « d'un partenariat d'égal à égal, dégagé de la relation donateur-récipiendaire désormais dépassée », comme l'a déclaré la Haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères, Mme Frederica Mogherini.

Références :

Georges Balandier, L’Afrique ambiguë, Paris, Plon, 1957

Jean-Luc Racine, « Afrique ambiguë ? », Transcontinentales [En ligne], 2 | 2006, document 1, mis en ligne le 30 septembre 2012, consulté le 28 novembre 2017.

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/l-afrique-ambig...

Mauriweb

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