Incohérences philosophiques d’une époque

 

Incohérences philosophiques d’une époque

« Ce jour-là, venant en bus à Cape Town avec deux amis, j’ai vu dans les limites du District Six se jouer au naturel la rude tragédie du drame de la vie et de la Mort Soudaine, et après cette expérience nouvelle, je me suis senti nu et effrayé », Peter Kumalo, « La mort dans le soleil », in Langhston Hughes, Trésor Africain. Anthologie, Paris, Nouveaux Horizons, 1962 (septembre encore !), pp. 59-66.
Notre monde est seulement fou ! Nous sommes, depuis 1989, dans une guerre mondiale éclatée, étalée, meurtrière et aussi dangereuse que toutes les guerres du monde dit moderne. Dans mon petit coin de réflexion, je me pose la question de savoir si nous n'avons pas opéré un retour terrible vers le début du monde.
C'est-à-dire au moment de constitution des communautés humaines, de leur langue, de leur culture et de leur identité ethnique/tribale, confessionnelle et aussi de gestion/accaparement des ressources qui se raréfiaient à cause du mode technologique en usage durant cette période. Hallucinations historiques !
Nous sommes, je crois, à ce stade cruel du retour vers cette époque reculée dans le temps historique, sinon nos guerres modernes n'allaient pas épouser, un peu partout, les formes que je viens de décrire. Nous vivons cette période de la barbarie, de l’anarchie idéologique, philosophique et de recueillement.
Notre intelligence souffre énormément depuis la disparition des mythes fondateurs issus des Lumières. Les ténèbres modernes nous enchaînent car les maîtres n’existent plus. Nous n’avons aucune référence idéologique « messianique » pour nous sortir de cette impasse mortelle.
Le mortel Mandela incarne cette image déjà lointaine durant la construction de laquelle une idéologie de partage et de fraternité fut rudement combattue. Et notre monde d’aujourd’hui n’a plus de « Discours de la méthode » et que dire d’une véritable « Phénoménologie de l’esprit », mais « Comment manager une entreprise délocalisée de bière en période de conflit », « Comment vanter un produit cosmétique dangereux pour les peaux noires depuis le Call Center de Azlat ».Soubhanallah !
La nécessité de philosopher n’a jamais été aussi pressante dans le monde. Parce que, je crois encore, que notre monde se perd en discours alors qu’il avait institué un mode qui semblait être bien perfectionné : la Démocratie. La Démocratie est malade en Occident. Elle nécessite un renouvellement de ses fondements et donc de sa philosophie et de son discours.
Francis Fukuyama n’a pas pu nous convaincre il y a plus de vingt ans. Hunttington, lui, nous a plongés dans tous les désarrois. C’est leur pays qui hante le monde parce que je crois qu’ils n’auront plus un messie « raté » (l’héritage qu’il a eu ?) tel qu’Obama.
Donc, je crois savoir que les philosophes passés ne sont pas du passé et ne sont pas dépassés et ne seront peut-être jamais dépassés. Ils sont d’une actualité si brûlante que nous devons nous remettre à les lire et surtout à les comprendre et à les commenter encore et encore. En les comprenant, nous saisissons une part de ce que nous sommes en train de vivre. Notre monde s’est trompé de vitesse en tentant de tout accélérer. Il a créé des dysfonctionnements jusque dans nos cerveaux. Wallahi !
Nous sommes entourés de milliards d’objets futiles qui nos ramènent toujours à l’âge de l’enfance. Nous jouons tout le temps à quelque chose et misons sur cette visibilité renfrognante.
  Notre monde est fou et trouble notre existence. Nous devons nous mettre à le re-méditer sinon nous courrons vers notre perte. Toutes ces nouvelles corporations naissantes autour de fantasmes liés à la crise existentielle doivent attirer notre attention. L’Occident est en crise de la pensée et la crise de l’Occident s’est toujours accompagnée de conquête territoriale et de colonisation.
L’Afrique a connu son « matin de gésine » coloniale. Eh bien nous sommes aussi en crise de la pensée, parce que l’Occident est en crise. Son idéologie domine le monde depuis plusieurs siècles et aucune autre pensée philosophique n’a pu résister à la tentation née du siècle des Lumières (mirages !).
  Mais l’accommodement est devenu problématique partout et le printemps dit « arabe » l’illustre si bien. Partout le peuple s’est exprimé mettant en avant ce qu’il considère comme la philosophie de sa vie. Mais celle de l’Occident refuse de l’entendre ainsi et le nouveau Général Egyptien s’empare de la légitimité du peuple qui avait voté selon les canons de la démocratie occidentale validée par elle-même.
Bon pour éviter la polémique, je dois dire que je ne suis pas certainement favorable au gouvernement islamique tel que pensé par les orthodoxes qui ont une simple lecture cultuelle et gestuelle de l’islam et de son discours d’Espérance universellement reconnue, mais que quelques égarés détruisent. Walla Hawla !
Regardez l'Afghanistan, lisez ce qu'on écrit sur l'Irak, écoutez ce qu'on dit de l'Egypte, lamentez-vous de ce qui se passe en RDC, au Nigeria et tout récemment au Mali. Tout ce que je viens de citer plus haut est au cœur de ces guerres dites "autorisées" par ce Super Etat contrôlé et dirigé par de Supers Petits Etats où les partis nationaux prônent leur fermeture (leur assignation identitaire) donc l'ethnicité étroite et frileuse.
  Cet étouffement imaginaire fait que les Etats occidentaux pour, en partie, calmer leur peuple font voter des lois d'agressions contre d'autres peuples avec ce calcul si morbide : ne point perdre un seul soldat ou en tout cas pas beaucoup par peur de réveiller leur opinion qui paient ces guerres dites « chirurgicales ». Nous savons tous que les intérêts priment sur les Nations.
La reconfiguration dangereuse de la carte du monde continue de se confirmer depuis 1990 et la Syrie constituera peut être le silence total de l’Iran, la consolidation de l’Arabie Saoudite et du Qatar dans la région. Chacun négociera ses intérêts par pays interposés. La France même viendra, le Liban est là.
Ne parlons pas des autres, car nous risquons de ne rien apprendre. Nous connaissons bien notre monde tel qu’il dérive par manque de concentration et de réflexions plus approfondies sur comment le gouverner et arrêter de le gérer aux rythmes des bourses, du prix du baril de pétrole...
... le Dow Jones, le Nasdaq, le kilo d’or, le carat de diamant, le réchauffement climatique, la taxe sur le Carbone que les Supers Etats refusent d’appliquer, les tonnes de produits rares provenant de la RDC et qui entrent dans la fabrication des éléments qui me permettent de vous envoyez ce cri que vous entendez dans chacune des lettres que vous lisez.
  Wullaango jamma wupiir taake gooto. Mballee.kam ! Excellent aphorisme de chez. C’est une partie de notre philosophie de la vie, parce qu’il s’agit là d’assister le voisin quel qu’il soit quand il est attaqué la nuit. Dans ma réclusion volontaire, je me suis dit que le défaut de philosophie de la vie est au cœur de la volonté de maintenir cette guerre mondiale « asymétrisée », décentrée avec ses Casques dits bleus. Eh bien des bleus bien en forme pour faire la guerre et non l’amour. Ndeyssane !
J’écoute les radios, lis les journaux, mais replonge toujours dans cette idée que notre monde a besoin d’un messie ou de nouveaux prophètes avec de nouveaux discours plus spirituels pour voir si nous allons changer la trajectoire de notre actuelle philosophie de la vie. Non les intellectuels du monde semblent être défaits par déficit de pensée. Vous connaissez quelques en d’entre eux d’ailleurs pour ceux d’entre vous qui vivez en France.
  Je parle de BHL et des autres qui mettent les pieds partout, sauf dénoncer Israël et les USA, pour pouvoir maintenir leur élégance et leur allure si dandy qu’elle figure un chapeau noir et un Cigare au coin qu’un homme plongé dans l’écriture d’un livre sur la mort de la pensée. Passe avec ta canne de pêche !
Et pourtant nous avons, si je reste en France, des avertisseurs, d’éminents chercheurs qui professent au Collège de France. En écoutant leurs cours sonores sur RFI toutes les semaines et en lisant leurs ouvrages qui sont accessibles on se rend compte que quelques penseurs existent encore, mais ne sont pas très écoutés.
  Exemple : Lisez un peu Pierre Rosanvallon [même si ses hypothèses sont discutables et même discutées cela n’entache en rien ses dernières, au contraire ces discussions valident leurs existences parmi les propositions actuelles du monde de la pensée, lire son livre La Société des égaux, Paris, Seuil, 2011, mois de septembre en plus !] et vous allez vous rendre compte de la panne de la démocratie telle nous la pensons aujourd’hui.
La démocratie telle que nous la pratiquons là, à la veille d’une attaque probable de la Syrie, est en panne. Elle « affirme sa vitalité comme régime au moment où elle dépérit comme forme de société. » Eh bien que dire de celle qui endeuille l’Afrique. Heureusement que le Mali s’en est sorti indemne et revigoré ce 4 septembre historique.
  Mais même le Mali doit s’inventer une nouvelle philosophie de la vie puisée non seulement dans quelques principes fondamentaux de la démocratie telle que nous la connaissons aujourd’hui, mais aussi de ce qui fonde une partie de la philosophie des traditions ancestrales locales. Ce n’est pas seulement nécessaire, mais obligatoire.
Je suis formel là-dessus, sinon nous perdrons notre temps dans l’imitation qui figure toujours un impossible achèvement de l’apprentissage. Nous vivons ce manque de discernement qui croit que ceux qui pensent l’alliance des vertus figure une forme outrancière de culturalisation.
  Nous ne pouvons pas continuer d’accepter le processus permanent d’acculturation pendant que nous Mauritaniens, par exemple les Négro-africains, combattons ce que nous pensons être une acculturation, une altération de notre philosophie de la vie. Ndaw ko hawni !
Donc la démocratie est en panne depuis bien longtemps, mais nous refusons de l’admettre. Pour une petite illustration : depuis deux à trois ans nous assistons, en Afrique, au retard ou au renvoi des élections municipales, locales et législatives dans beaucoup de pays. La Mauritanie ne cessera jamais de l’illustrer de manière bruyante et honteuse.
  Je me suis toujours dit que cette phase figure une panne, parce que la machine démocratique est stoppée non ! Elle ne bouge pas et les querelles dans l’espace public conduisent aux boycotts des partis qui auraient dû assurer l’équilibre des pouvoirs devenus de plus en plus autoritaires malgré la démocratie (Assemblée périmée, président décevant lors de son fameux Lighâa sans felsefa). C’est incroyable comme attitude.
  Notre posture est devenue de plus en plus difficile et nécessite donc une réflexion éminemment philosophique. C’est elle seule qui nous permettra de comprendre que la solution de nos problèmes est d’abord cognitive avant de devenir action. Ce discernement manque à notre monde je crois. Le temps du cognitif s’est rétréci parce que la rentabilité ne se conclut que dans un espace-temps fugace.
Nous vivons le monde des délocalisations en tout et en rien. Et toute délocalisation conduit nécessairement au doute légitime sur l'authenticité d’un produit industrialisé [que de contrefaçons dans ce monde, même les idéologies en souffrent et nous en souffrons nous les consommateurs], donc les guerres dites pour le rétablissement de la démocratie comme elles sont délocalisées nous font douter sur la vérité (devenue mensongère depuis qu’un « ordre du discours » l’a imposée) d'exporter la démocratie : l'Irak illustre cette imbécillité du monde.
L'Egypte aggrave notre constat et ce qui se passe en Syrie abîme notre entendement. Depuis deux ans qu'un peuple souffre, c'est aujourd'hui au nom d'une utilisation d'armes chimiques que les Occidentaux agacés par Poutine, peureux de la Chine, belliqueux face aux Iraniens et doux comme des agneaux face à Israël veulent agir.
Du n'importe quoi ! Et cela nous rappelle les "armes de destruction massives » du pauvre baathiste Saddam qui a failli détruire la Mauritanie avec son idéologie « contrefaçon » tirée de celle de Michel Afflak. Quelques mauritaniens mâchent les derniers feuillets de ce vieux manuscrit idéologique et sectaire comme de vrais chameaux en train de ruminer. Ilbil wo towf !
Mais admettons, au moins, que le bourgeon de guerre mondiale localisée au Mali est vraiment mort et que la sève de la paix ne l'alimentera pas. Il faut qu'il tombe sec et donc mort pour que notre sous-région soit à l’abri des perturbations du monde, et nos peuples en solidarité avec les autres tissent une chaîne pour combattre cette philosophie hargneuse qui nous enrage.
Nous sommes au milieu d’une faille géopolitique qui ne cesse de s’élargir, et nos propres armes de destruction massive pointées vers nous. Pou cela, je vous laisse méditez ceci : quelqu’un qui ne prend pas au sérieux la philosophie de la vie, au lieu d’avancer recule sans elle.
  Abdarahmane Ngaidé (Bassel), Dakar le 05/09/2013

L'auteur de cet article et/ou commentaire est le seul responsable de son contenu et n'engage que sa personne.
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